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Dialogue à propos de la globalité de la série "Shijo Kingo docteur samouraï à l'époque de Nichiren" :
Marc ALBERT-LEVIN & Jean-Jacques MAZUR
Marc Albert-Levin : Nichiren Daishonin fut un moine japonais du XIIIᵉ siècle, qui initia une véritable révolution spirituelle et je sais que Shijo Kingo fut l'un de ses plus fidèles disciples. Il existe de nombreuses lettres que Nichiren lui a adressées. Notamment celle-ci, datée du 2 mai 1272 dont le titre est Les désirs terrestres mènent à l’illumination.
« Conservez sans relâche votre foi dans le Sûtra du Lotus. Il est impossible d’obtenir du feu [avec des silex si l'on s'arrête à mi-chemin. Faites surgir le grand pouvoir de la foi et soyez reconnu par tous les habitants de Kamakura et du reste du Japon comme "Shijo Kingo de l'école du Sûtra du Lotus". Une mauvaise réputation se répand très facilement. Une bonne réputation se répandra plus loin encore, surtout si c’est celle de se consacrer au Sûtra du Lotus. » (Lettres et Traités de Nichiren Daishonin, vol. 1, pp. 257-258).
Est-ce là ce qui a suscité votre intérêt particulier pour Shijo Kingo ?
Jean-Jacques Mazur : Je constate que le désir de Nichiren de voir son disciple et ami, reconnu comme « Shijo Kingo de l'école du Sûtra du Lotus » se réalise encore plusieurs siècles plus tard. Votre citation m'inspire le titre d’un chapitre pour l'un des volumes.
En octobre 1279, Nichiren écrit une lettre à Shijo Kingo pour le féliciter d’avoir survécu à une embuscade tendue par ses ennemis. Dans cette lettre, Nichiren souligne l'importance de la foi en la « Loi merveilleuse » comme facteur ultime de la victoire ou de la défaite. Il enseigne à Shijo Kingo que la foi doit toujours passer en premier, avant toute autre tactique ou stratégie, et qu'elle joue un rôle crucial dans la réussite.
« Considérez comme merveilleux le fait d’être encore en vie. Il faut utiliser la stratégie du Sûtra du Lotus avant toute autre.
[…] Ces paroles d’or ne peuvent se révéler fausses. […] Le principe de toute stratégie comme celui des arts martiaux découle de la Loi merveilleuse. »
Il l’encourage à se forger une foi profonde. Il lui écrit :
« Nichiren aura beau prier pour vous avec ferveur, si vous manquez de foi, ce sera comme essayer de faire du feu avec du bois mouillé. Efforcez-vous de faire surgir le pouvoir de la foi. »
Et il conclut :
« Un lâche ne verra aucune de ses prières se réaliser. »
(Lettres et Traités de Nichiren Daishonin, vol. 1, p. 275).
Shijo Kingo a reçu trente-cinq lettres de Nichiren, ce qui fait de lui l'une des personnes les plus au fait de la doctrine du Sûtra du Lotus. C'est un personnage paradoxal, à la fois samouraï - guerrier autorisé à prendre la vie d'autrui - et excellent médecin, soucieux de sauver des vies en soulageant la souffrance humaine. Bien que vivant à une époque dominée par ce que le bouddhisme nomme « les trois poisons » - l'ignorance, source d'épidémies, l'avidité, source de famines, et la colère, source de guerres - il a choisi de travailler à son évolution spirituelle.
M. A-L. Est-ce votre travail dans le domaine médical qui a éveillé votre intérêt pour Shijo Kingo ?
J.-J. M. C'est peut-être le cas. A mes yeux, il existe un objectif commun entre la profession médicale et la tâche militaire, quand la motivation des soldats est de défendre la vie des plus faibles contre un ennemi mortel.
M. A-L. Je suis très surpris par votre connaissance de ce Japon du XIIIᵉ siècle. Vous en parlez comme si vous aviez vous-même vécu à cette époque. D’où cela vient-il ?
J.-J. M. On pourrait penser que le XIIIᵉ siècle en Asie extrême-orientale et le XXIᵉ siècle ailleurs sont très éloignés l'un de l'autre, mais il s'agit en fait d'époques très similaires où les guerres civiles, les épidémies, les tremblements de terre et les conspirations géopolitiques sont légion.
M. A-L. Combien de temps vous a-t-il fallu pour écrire ce roman ?
J.-J. M. Six années d'écriture, de relecture et de mise en page ont donné naissance à trois volumes.
M. A-L. Vous souvenez-vous du moment où vous avez pris la décision d'écrire le premier volume ?
J.-J. M. Bien sûr, c’était au cours d’un premier voyage au Japon. J’écrivais, lors de moments de repos ou parfois la nuit après en avoir rêvé. Je me suis rendu à plusieurs reprises sur l'île de Mayotte entre 2014 et 2018 pour travailler dans une maternité.
Mon temps était partagé à parts égales entre des interventions pratiquées en urgence pour sauver la mère et l’enfant ou la rédaction de mon premier livre sur la série « Shijo Kingo Docteur Samurai à l’époque de Nichiren ». Je suis reconnaissant d'avoir pu contribuer à la vie de mères et de leurs nouveau-nés tout en concrétisant ma passion pour l'écriture.
M. A-L. Le Dr Yamazaki, qui a joué un rôle important dans la diffusion du bouddhisme de Nichiren en Europe, avait l'habitude de poser une question à tous ceux qui lui demandaient conseil. Comme nous l’avons tous deux bien connu je crois l’entendre nous demander : « Quel est votre but ? »"
J.-J. M. Présenter au public Shijo Kingo, un personnage passionnant, un valeureux bouddhiste de Nichiren qui sut vivre librement même si son époque était sous un régime militariste et totalitaire, et m’inspirer de son exemple.
M. A-L. Avez-vous inventé des personnages ?
J.-J. M. Oui, plusieurs personnages secondaires et j’ai même inventé plusieurs noms pour une meilleure trame narrative. La documentation (citée à la fin du livre) m'a appris de nombreux éléments de l'histoire japonaise et du bouddhisme de Nichiren.
Par exemple, Shijo Kingo a eu deux épouses dont on connaît l’existence. Une première femme dont on ne connait pas le nom, et Nichigen-nyo sa seconde épouse qui lui a donné deux filles. Shikiko Mimi est un nom inventé.
Shikiko Mimi que l'on peut traduire par « les oreilles de l'esprit ». Cette expression fait référence à la capacité d'écouter attentivement et de comprendre profondément chaque son ou mot entendu. Elle souligne l'importance de prêter attention à tout et de s'efforcer de saisir pleinement le sens et l'essence de ce qui est communiqué.
Elle peut également être interprétée comme une invitation à prêter attention aux détails et à être conscient de ce qui se passe autour de soi. Elle est tirée d'une phrase de la Parabole de l’excellent médecin dans le 16ᵉ chapitre du Sûtra du Lotus.
Mes recherches sur le bouddhisme de Nichiren m'ont également amenée à m'intéresser au statut social des femmes à cette époque.
Contrairement à d'autres formes de bouddhisme, qui affirment que les femmes ne peuvent atteindre la bouddhéité qu'en se réincarnant sous une incarnation masculine, le bouddhisme de Nichiren encourage les femmes à cultiver leur propre bouddhéité en cette vie même et sans changer d’apparence.
M. A-L. Pourquoi insistez-vous tant pour que je préface cet ouvrage ?
J.-J. M. Parce que je suis très attaché à de bons souvenirs. Lorsque j'ai commencé à étudier le bouddhisme de Nichiren, j'ai découvert certaines lettres de Nichiren que vous aviez traduites de l'anglais. J'ai également aimé faire la connaissance du Dr Yamazaki, avec qui vous avez travaillé pendant de nombreuses années. Travailler ensemble sur un nouveau projet de livres m'a semblé être une façon naturelle et agréable de communiquer dans le monde d'aujourd'hui des idées et des convictions que nous partageons.
M. A-L. Qu’aimeriez-vous dire à vos lecteurs ?
J.-J. M. Cher lecteur, je suis aussi auteur, compositeur et interprète. Vous pourrez découvrir une partie du texte de ce livre mise en musique en utilisant le lien numérique qui se trouve en dernière page .
Ces livres sont différents d’autres romans du même genre. Cette série de romans historiques à une grande ambition. Elle aimerait changer votre vision du monde et vous persuader que des idéaux qui à première vue, vous paraissent utopiques sont en fait réalisables. En nous interrogeant sans cesse sur notre véritable raison d'être dans ce monde, il est possible de nous relier à notre moi intérieur.
M. A.-L. Ce que j’aime dans ce récit Shijo Kingo Docteur samouraï à l’époque de Nichiren, c’est qu’il offre un bon exemple de créativité. Il ne suffit pas de lire le matériel d’étude déjà déterminé par d’autres sources. Ce livre est un bon exemple de recherche de nouvelles perspectives. Nichiren fut un grand réformateur du bouddhisme, à la recherche d’un enseignement valable pour une période de grands bouleversements sociaux.
Il est utile de mieux connaître la période de vie de Nichiren, car son enseignement visait à fournir une issue et une réponse positive, pour la paix dans le pays.
Les temps modernes ressemblent à cette période au Japon en ce sens que rien n’est plus nécessaire de nos jours, qu’un consensus mondial en faveur de la paix. Mon plus grand désir serait que soient abolies les guerres, toutes les guerres sous quelque prétexte que ce soit.
Je ne sais si j’assisterai à cela de mon vivant mais il faudrait que les générations futures n’oublient pas que la seule guerre justifiable est la « guerre à la guerre ».
Le Courrier de l’Unesco, avait réuni sur ce thème en 1982 une vingtaine de poètes sous la direction du penseur martiniquais Edouard Glissant. Mais plus de quarante ans plus tard, leur appel n’a toujours pas été entendu.
Les citations de Nichiren reproduites dans l’ouvrage de Jean-Jacques Mazur sont tirées d’une première traduction à laquelle j’avais participé, publiée par l’ACEP en 1992. Elle avait été supervisée par le Dr Eiichi Yamazaki. Il avait consacré sa vie à cet idéal de paix propagé dans le monde entier par le président de la Soka Gakkaï internationale Daisaku Ikeda qui vient de nous quitter le 15 novembre 2023.
Le Dr Yamazaki était parti vers un autre plan d’existence vingt-trois ans plus tôt mais j’entends encore sa voix lorsqu’il se présentait au téléphone : « Eiichi Yamazaki le disciple du président Ikeda ». Il n’a cessé de nous rappeler que le bonheur personnel est indissociablement lié aux actions que nous entreprenons pour le bien des autres. C’est à lui que nous appelions Gicho que Jean-Jacques Mazur et moi aimerions dédier cet ouvrage ». Marc Albert-Levin, 22.02.2024.